3 mars 2015

Cadeau pour Ewan 3

Au nord du royaume se dressait un sombre château où l'on retrouvait ce qu'il y avait de pire dans tous les recoins, du moins c'était ce que disait le pamphlet de voyage de la princesse.
Pour réussir à pénétrer dans l'abominable antre, Ewana devait franchir deux obstacles.

Le premier était de passer devant l'infaillible géant de service, le combattant sans faiblesse, Köb. Un homme mesurant plus de 3 mètres de haut qui se dressait fièrement devant la porte du jardin de la demeure. Un homme qui dit-on avait réussi à terrasser une armée de 200 hommes d'une seule main. Un homme qu'Ewana terrassa en 3 seconde en demandant à son oreiller de l'endormir pour quelques heures. La chute du géant aurait pu se faire à la renverse, mais s'était sans compter sur la chance ou plutôt la malchance d'Ewana à cet instant précis, car l'homme immense tomba vers l'avant.
D'un bond surprenant, Ewana et Mei réussirent à conduire leurs chevaux à l'écart, mais l'équipage de Lyra fut tout de même sur la trajectoire du géant.
Au moment de s'écraser sur l'habitacle, Köb ronflait déjà si fort, que les chevaux commencèrent déjà à paniquer. Le choc causé créa la débandade chez les bêtes qui se dépêtrèrent des liens qui les retenaient au carrosse et en moins de rien, ils furent libres dans la nature, galopant furieusement au loin. Si Ewana fut malchanceuse dans cet épisode, ce ne fut pas le cas de Lyra qui fut expulsé du carrosse qui explosa en morceaux dans plusieurs directions. La princesse Flower retrouva sa cousine assise dans l'herbe, encore accrochée à la porte de son véhicule, tout échevelée, mais indemne.
"J'ai faille mourir !!!!! J'ai failli mourir ?!! Comment est-ce que tu peux faire quelque chose comme ça et ne pas m'en avertir !" s'insurgea la princesse qui tentait bien maladroitement de se relever.
"Je suis désolée, je n'aurais jamais pensé qu'il serait tombé vers l'avant, je pensais plutôt vers l'arrière."
"Tu pensais ! En plus, ma robe est foutue maintenant, mais je suppose que l'essentiel est que j'aille bien !"
"Euh ... oui, en effet, tu vas bien ?"
"Oui, oui ! On fait quoi maintenant ?"
"Je suppose qu'on doit entrer et sauver mon prince, je suis là pour ça moi, à moins que tu ne préfère rester dehors."
"Non, tout est en place, nous pouvons y aller, après une telle expérience, je suppose que je vais te suivre jusqu'au bout." dit Lyra en vérifiant qu'effectivement, elle n'avait rien de cassé.
"D'accord, Mei, tu restes pour surveiller les chevaux. Ici ! Pas ailleurs, pas à l'intérieur. ICI !" demanda Ewana en faisant de grand geste pour pointer l'endroit précisément.
D'un sourire, Mei acquiesça à la demande de sa maîtresse, il prit les reines des chevaux et s'installa sur un gros morceau du carrosse implosé.

D'un pas prudent, la princesse de notre histoire, entra dans le jardin en regardant partout pour éviter d'être surprise dans un tel endroit. Ne sachant comment se diriger furtivement avec sa cousine qui portait une robe plutôt voyante, Ewana opta pour la porte d'entrée principale. Elle fut hélé par un jeune homme avant même d'arriver au portique.
"Vous là ! Arrêtez-vous !" ordonna un jeune homme, petit, très petit comparativement à Ewana, mais à la posture fière et droite, digne du soldat.
"Bonjour, je viens demander une audience avec le seigneur Cain dit le Tenace. Je m'appelle Ewana, pourriez-vous nous aider à nous diriger dans la demeure ?"
"Je crains que ce soit impossible madame, d'ailleurs, vous ne devriez pas être ici. Où est le garde d'enceinte ?"
"Il s'est endormi en fonction, vous le sermonnerez plus tard, mais premièrement, qui êtes-vous pour ainsi décider qui peut entrer ou non ?" questionna Lyra, du haut de son port de reine un peu défraîchi par la mauvaise mise de sa robe.
"Je suis le capitaine de la garde, Morten et je décide qui peut entrer ou non à l'intérieur du château pour permettre au seigneur d'être constamment en sécurité."
"C'est bien tout ça, mais je dois entrer, vous avez un protocole pour les personnes qui veulent entrer ?" continua Ewana d'un ton qui commençait à être exaspéré.
"Bien sûr, vous devrez me battre en duel."
"En duel, vous ne pouvez pas demander à une princesse de se battre en duel contre vous, pittoresque personnage. Ewana, tu ne vas quand même pas faire ça ! Songe à ta réputation de princesse quand même !"

Levant les yeux au ciel, Ewana ne savait plus comment se sortir d'une telle situation.
"Bien sûr, vous êtes une dame et qui plus est, une princesse, je ne vous demanderez donc pas de m'affronter en duel, je vous disait simplement les règles pour passer."
"Un duel, vous acceptez les duels ! On va en faire un qui ne risque pas de blesser personne, je vais vous mettre au défi de faire quelque chose, si vous échouez, je passe, si vous réussissez, je renonce et je rentre chez moi. À moins que vous considérez que mon défi ne soit trop grand."
"L'idée semble bonne, mais dites le défi avant."
"Vous devrez boire le contenu de cette gourde sans vous arrêtez pour prendre votre souffle, mais faites attention, elle est pleine à raz bord. C'est acceptable ?"
"Et qu'avez-vous mis dans cette gourde de particulier ?"
"Rien, seulement du vin, à moins que vous n'aimiez pas cela ou que vous soyez de constitution trop faible pour boire de grande quantité de vin, autrement, je trouverais une autre gourde remplie, je ne sais pas moi, d'eau par exemple." répondit avec certaine une hésitation Ewana, inquiète qu'il ne tombe pas dans le piège.
"Certainement pas, je peux très bien boire une gourde de vin au complet."
"Oui, mais sans arrêt, souvent on dois arrêtez pour prendre son souffle, c'est mon cas vous savez."
"Donnez-moi cette gourde s'il vous plaît, qu'on en finisse le plus rapidement possible ! Je dois quand même aller réveiller ce gros balourd avant que le maître ne s'en rende compte."

Heureuse que son plan ait fonctionné aussi facilement, Ewana tendit avec ravissement la gourde sans fin au soldat qui prit une bonne inspiration avant de commencer à boire au goulot.
Il but longtemps, trop longtemps, il but jusqu'à ce que son visage devienne tout rouge et que ses yeux révulsent. Ewana eut tout juste le temps de rattraper le pauvre soldat, évanoui par la manque d'air avant que sa tête ne heurte le sol.
"Heureusement qu'il n'était pas particulièrement brillant. Maintenant, entrons qu'on puisse repartir et que je puisse enfin changer de robe." annonça Lyra en passant à côté d'Ewana qui tentait d'installer Morten le plus confortablement possible avec sa cape roulée en boule sous sa tête. Aussitôt qu'elle eut fini, elle s'élança à la poursuite de sa cousine qui traversait le dédale de couloir peu éclairé à l'intérieur avec force de bruit et d'exclamation.
"Mais comment une personne normale peut-elle vivre dans un endroit pareil ! C'est impossible, on doit bien y mourir par manque de soleil, ou par un trop plein de poussière. Si le seigneur n'a pas développé d'allergie ou qu'il n'a pas l'air cadavérique, c'est qu'il n'est pas normal !" continua Lyra sur un bout de trajet.
Ewana était plutôt préoccupée par l'absence de serviteur et par des pièces désaffectées que par les jérémiades de sa cousine qui était fatiguée par une longue quête.

"Je pense qu'on devrait essayer de monter d'un étage, il n'y a rien ici." suggéra Ewana qui commençait à s'inquiéter sur le sort de son prince.
La princesse Lyra répondit par un haussement d'épaule et lui fit signe d'avancer à l'avant. À la suite d'un long parcours possiblement en rond dans la demeure, Ewana découvrit un escalier de pierre à la droite de la porte d'entrée et arrivées sur le seuil du deuxième étage, les deux princesses furent époustouflées. Le deuxième étage était complètement différent du premier, en fait, il était son contraire. Rapidement, elles trouvèrent un serviteur qui les menèrent au salon principal d'où elles pouvaient attendre le seigneur des lieux. En guise de réponse face au délabrement du rez-de-chaussée, le serviteur répondit que la saleté pouvait très bien effrayer les colporteurs qui tentaient par tout les moyens de pénétrer à l'intérieur et que seules des personnes invitées par le capitaine de la garde pouvaient trouver l'escalier mis en évidence à l'entrée.
Devant le luxe de la pièce, Lyra se sentit un peu troublée de salir les meubles, mais son évident trouble fut de courte durée et en peu de temps, elle était installée confortablement sur un divan à attendre soit le thé soit le maître des lieux. Ewana, moins rassurée, alla à la fenêtre afin d'essayer d'apercevoir son fidèle serviteur et leurs montures. Après quelques essais, elle l'aperçu enfin en train de tirer une silhouette d'en dessous d'un morceau du carrosse.
C'est dans cette ambiance tendu d'un côté, c'est à dire vers les fenêtres, détendu de l'autre, vers les divans, qu'entra Cain dit le Tannant.

"Bonjour mesdemoiselles, je présume que vous êtes ici pour sauver un prince."
Devant l'imposante prestance de l'homme qui se tenait devant elles, Ewana et Lyra s'inclinèrent avec respect.
"Oui, effectivement, j'aimerais beaucoup récupérer mon prince si vous ne voyez pas d'inconvénient." répondit Ewana sur la défensive.
"Un inconvénient, oui, j'en vois un ... pourquoi le ferais-je effectivement ?"
"Eh bien, je pense que je pourrais l'échanger contre quelque chose qui pourrait vous être utile." continua Ewana. "Du moins, je l'espère, autrement je ne sais pas pourquoi je suis allée chercher cette fichue plume dans le désert." murmura t'elle pour elle-même.
"Bien et qu'avec vous à échanger ?" demanda Cain qui commençait à montrer des signes de perplexité.
"J'ai une plume à écrire magique qui fait quelque chose dont je ne me rappelle plus, mais je suis sûre que vous la voulez !"
"Qu'est-ce que je ferais d'une vulgaire plume mademoiselle ? Qui plus est que la personne qui devrait négocier avec moi maintenant, c'est la princesse Lyra."
"Pourquoi moi ? Qu'ai-je à faire dans cette histoire ?"
"C'est bien pour votre prince que vous êtes venue, non ? Le prince Raphaël, enlevé ce matin alors qu'il allait vous cueillir des fleurs."
"Quoi ! Mon prince, mais pourquoi n'avez-vous rien dit !"
"Mais, je vous ai écrit une lettre que vous avez reçue ce matin qui indiquait que j'avais en ma possession votre prince."
"Vous êtes sûr que ce n'est pas le mien que vous retenez par erreur, parce que si c'est le cas, j'aimerais bien tout simplement le récupérer." lança d'une petite voix Ewana.
"Mais non ! Ce n'est pas votre prince que j'ai en ma possession ! C'est celui de la princesse Lyra. Je vais le faire venir pour vous rassurer s'il le faut, mais je ne pense pas m'être trompé ce matin !"
"Mais faites donc !" rétorqua Lyra en pleine panique.

Le ténébreux seigneur Cain fit un signe de la main pour qu'un serviteur caché dans un recoin depuis le début puisse aller chercher le prisonnier. Après une attente quelque peu inconfortable, le trio vit entrer un homme de haute stature, aux longs cheveux bruns et dont l'apparence correspondait parfaitement au prince Raphaël.
Lyra poussa alors une exclamation ponctuée d'expression peu flatteuse pour une princesse et se jeta vers son prince bien aimé. Un mouvement rapidement arrêté par Cain qui repoussa respectueusement la princesse vers l'arrière.
"Nous allons discuté de l'échange d'abord, les cajoleries après !" dit le seigneur des ténèbres à la princesse qui commençait à s'échauffer. C'est à peine s'il n'y avait pas de la boucane qui lui sortait des oreilles.
"Ne la touchez pas !" tonna Raphaël à l'adresse du maître des lieux, le tout ponctuer d'un regard assassin.
"Très bien, personne ne touche personne dans ce cas." répondit Cain en levant les mains. "Nous allons discuter de MA position de force par rapport à vous deux et nous allons discuter de ce que je peux obtenir en échange de votre libération.
"Euh ... Est-ce que tu as quelque chose à échanger toi ? Parce que moi, il n'a pas voulu de ma plume ?" demanda d'une petite voix Ewana qui commençait à perdre le fil de l'histoire.
"Mais rien, je n'ai rien, mon carrosse est détruit par la faute de votre imbécile de garde incapable de tomber du bon côté, ma robe est fichue à cause de votre château qui est d'une propreté trop douteuse. Je n'ai rien à échanger moi, et d'abord, si vous vous ne étiez pas trompé d'adresse pour la lettre, j'aurais peut-être pu venir avec quelque chose qui en vaille la peine. Mais non !"
"Je ne me suis pas trompé d'adresse, je l'ai bien envoyé à votre château et on m'a même certifié que le chancelier de votre père avait eu dans les mains la lettre."
"Le chancelier de mon père ??!!?? YURI !!!!!! Si je mets la main sur lui, oh ! je vais le ... "
"Princesse avant que votre langage ne devienne trop inapproprié, je crois que nous pourrions revenir au sujet de cette discussion. Moi recevoir quelque chose, vous donner quelque chose. Vous avez fait une quête, bon sang, vous devez bien avoir quelque chose à me donner."
"Je ne suis même plus sûre que j'ai encore mes chevaux ! les chevaux ... le cocher ! Oui, j'ai le cocher que je peux vous donner."
"Lyra, tu ne peux pas donner le cocher !" s'insurgea Raphaël, "premièrement, le cocher s'appelle Rose et cette jeune fille ne mérite pas qu'on la vende ainsi au premier inconnu !"
"Parce que tu as une meilleure idée peut-être ?"

"Tous le monde, pourrions-nous simplement nous calmer premièrement et discuter tranquillement de tout cela ensemble dans le calme ?" demanda Cain en faisant signe à ses invités de le rejoindre sur le divan. Bien sûr, les chaînes qui entravaient les mouvements de Raphaël ne pouvait lui permettre de s'asseoir, mais il put quand même se rapprocher.
"Vous savez quoi, je pense que je vais juste m'en aller ..." commença Ewana.
"Bien, j'ai envoyé une lettre ce matin à votre château et votre chancelier était là pour la recevoir. Cette lettre vous était destinée, Est-ce que votre chancelier peut mettre le courrier quelque part de particulier afin qu'il puisse être lu plus tard ?"
"Bien sûr non, j'ai spécifier que personne d'autre que moi ne devait lire mon courrier ! Il ne peut donc être lu que par moi." répondit dignement Lyra
"Lyra, nous allons essayer de mettre tous les maux du monde sur le dos du chancelier de ton père et réfléchir. Où étais-tu ce matin si tu n'as pas eu accès à ton courrier et si tu n'as pas eu accès au courrier, où est-il entreposé ?" demanda Raphaël.
"Eh bien j'étais ... oh !" s'arrêta Lyra, en train de devenir rouge de honte.
"Oui, continue, s'il te plaît." l'incita à poursuivre Raphaël.
"J'étais sortie prendre l'air parce que tu n'étais pas revenu de ta promenade quotidienne avec les fleurs que je reçois tous les matins." répondit honteusement Lyra, " je me suis rendue assez loin et avant de décider de rentrer au château, j'ai rencontré ma cousine Ewana."
"Tu n'as pas dit que tu boudait ton prince ??!!" demanda Ewana, un peu confuse."
"J'ai peut-être dit ça ..."
"D'accord, donc la princesse n'était pas là pour recevoir le courrier et le chancelier est parti par la suite pour faire on ne sait quoi. Princesse Lyra, je vous informe que j'ai enlevé votre prince dans le but d'obtenir un trésor que vous auriez du faire lors d'une quête incroyable, mais puisqu'il semble y avoir une erreur, nous allons rectifier la situation." proposa Cain, dépassé par le manque de sérieux dans sa démarche.
"Vous allez nous permettre de rentrer chez nous ?" demanda Lyra.
"Non, je vais garder Raphaël ici et discuter avec lui des modalités de paiement. Vous allez rentrer chez vous ... "
"Comment, j'ai plus de carrosse, je vous rappelle, mes chevaux sont libres comme l'air !"
"Oui, d'ailleurs, je vais vous laisser, je pense que je vais juste aller aider mon serviteur à sortir le cocher d'en dessous des décombres et rentrer chez moi." suggera Ewana qui ne se sentait plus concernée par la situation. "Cousine, je te souhaite bonne chance, après tout, vous pourriez aussi peut-être discuter de l'hébergement d'une nuit dans les modalités de paiement et ... "

Malheureusement ou heureusement pour elle, Ewana ne put finir sa phrase, mais elle put sortir en catimini par la porte. Elle profita d'un autre éclat de la part de Raphaël qui n'arrivait pas à croire qu'on ait pu laisser cette pauvre Rose sous un carrosse renversé et par une Lyra qui soutenait qu'elle ne pouvait pas savoir que cette dernière était là. Le tout sous le regard de plus en plus désespéré de Cain la Teigne qui commençait à être de moins en moins tenace dans sa tentative d'enlèvement.
Ewana descendit les marches de pierre et sortit en un tour de main. Elle rejoignit Mei et aida ce dernier à soulever le dernier morceau qui retenait le pauvre cocher par terre. Après s'être assurée que Rose n'avait rien de cassé, Ewana entra le temps d'avertir un serviteur que le capitaine des gardes était encore inconscient et que le garde en service devant la porte du jardin allait dormir encore quelques heures. Puis, elle proposa à Rose de venir avec elle à son château d'où elle pourrait repartir chez elle.
Rose accepta après s'être faite dire par Ewana que la princesse Lyra n'avait plus besoin de ses services pour l'instant et qu'elle était parfaitement en forme.

Mei installa le cocher Rose sur le devant de sa monture et le trio partit dans le soleil couchant vers le château de la princesse Ewana où elle souhaitait ardemment des explications par le chancelier de son père.

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